« J'ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute : au milieu des livres. Dans le bureau de mon grand-père, il y en avait partout ; défense était de les faire épousseter sauf une fois l'an, avant la rentrée d'octobre. Je ne savais pas encore lire que, déjà, je les révérais, ces pierres levées : droites ou penchées, serrées comme des briques sur les rayons de la bibliothèque ou noblement espacées en allées de menhirs, je sentais que la prospérité de notre famille en dépendait… » Dans cette autobiographie de son enfance, Sartre met à distance et ironise son rapport à la littérature en en situant l'émergence dans ses premières années. Loin de l'autobiographie conventionnelle qui ferait avec nostalgie l'éloge des belles années perdues, l'auteur enterre son enfance au son d'un requiem acerbe et grinçant, s'en prenant à l'écrivain qui germe en lui et aux illusions d'une vocation littéraire.